( Isabelle Houde -
Le Soleil ) -
(Québec) - Être féministe ou ne pas l'être? Telle est la question en cette Journée internationale des femmes. Selon un sondage Segma/Le Soleil/La Presse, les jeunes femmes québécoises ont des idées féministes, mais elles aiment mieux laisser l'étiquette à leurs consoeurs plus âgées.
À la question «Personnellement, vous considérez-vous comme féministe?», la moitié des 505 femmes interrogées a dit oui, l'autre, non. Les opinions sont tranchées. Pourtant, si on observe les réponses selon les groupes d'âge, les jeunes de 18 à 34 ans ne sont que 40 % à se dire féministes. Chez les 55 à 64 ans, cette proportion grimpe à 56 %.
«J'ai l'impression que les jeunes femmes hésitent à se dire féministes parce qu'elles sont moins radicales. C'est aussi une génération qui hésite plus à se mobiliser socialement, donc elles délaissent l'étiquette», analyse Raynald Harvey, président de Segma Unimarketing.
À preuve, les opinions sur le rôle des groupes féministes sont partagées selon les groupes d'âge. Près de la moitié des sondées croient que les groupes féministes apportent souvent une contribution positive ou jouent un rôle primordial. À l'intérieur de ce grand groupe ayant une vision positive, les plus âgées sont cependant beaucoup plus nombreuses à accorder un «rôle primordial» aux groupes féministes.
Droits des femmes
De façon presque unanime (94 %), les sondées estiment que la progression des droits des femmes au Québec est significative depuis les années 60-70. Mais encore là, les générations ont une perception différente de la chose, car plus les femmes sont jeunes, plus elles ont une vision positive de l'avancement des droits des femmes.
Les 18 à 24 ans ont été 82 % à qualifier la progression des droits de «grande» ou de «très grande», alors que seulement 44 % des 65 ans et plus ont été aussi enthousiastes. «Quand vient le temps de s'identifier comme féministes, les jeunes ont plus de difficulté, car elles sont plus nombreuses à penser qu'il y a eu beaucoup d'avancements dans la cause des femmes au Québec», pense Raynald Harvey.
Cela ne signifie pas pour autant que les Québécoises abandonnent l'idée de lutte en même temps que l'appellation féministe. Les résultats du sondage montrent que, tous âges confondus, près de 7 femmes sur 10 pensent qu'il existe encore de la discrimination basée sur le sexe, même si les plus jeunes sont moins nombreuses à adhérer à cette idée.
Du même souffle, 9 femmes sur 10 pensent que des luttes importantes doivent encore être menées. Les femmes qui ont aujourd'hui plus de 65 ans sont les plus nombreuses à croire qu'il reste encore des problèmes à régler. Avec 96 % d'adhésion à cette idée, la cohésion de ce groupe d'âge est forte.
La relève, elle, est nuancée. À la question «Les femmes du Québec ont-elles encore des luttes importantes à mener pour obtenir la pleine reconnaissance de leurs droits?», les sondées d'accord avaient le choix entre «oui, certainement», et «oui, probablement». Les jeunes de 18 à 24 ans n'ont été que 22 % à répondre «oui, certainement», alors que 62 % des 65 ans et plus ont choisi cette option.
Équité salariale
Au chapitre des luttes à mener, c'est l'équité salariale qui remporte la palme des préoccupations. Ce qui confirme que les avancées dans ce domaine, matérialisées par la loi adoptée par Québec en 1996 et la progression constante des salaires moyens des femmes, entre autres, n'ont pas encore tout réglé dans l'esprit des sondées. Autre fait intéressant, la conciliation travail-famille est plus importante encore que l'équité salariale pour les 25 à 34 ans.
«Ce qui est clair, c'est que la majorité des Québécoises ont des opinions féministes», conclut Raynald Harvey. Le président de Segma ne s'attendait cependant pas à des différences aussi marquées entre les groupes d'âge.
«Les plus jeunes considèrent aussi qu'il y a eu des progrès et qu'il reste des luttes à mener, mais elles ne ressentent plus le besoin de lutte radicale associé à l'étiquette féministe. Les plus âgées, celles qui ont créé l'étiquette, s'y identifient encore», résume-t-il.
Plus ça change, plus c'est pareil
Si les femmes ne perçoivent pas toutes le féminisme de la même façon selon leur âge, elles sont sur la même longueur d'onde quand vient le temps de parler de leurs valeurs.
«Il y a un grand consensus, c'en est presque caricatural», remarque Raynald Harvey, président de Segma. Toutes catégories confondues, les répondantes du sondage Segma/Le Soleil/La Presse s'entendent à près de 90 % pour dire que le fait d'occuper un emploi ou d'avoir une vie professionnelle est une source importante de valorisation.
Quand on leur a demandé d'identifier l'ingrédient principal du bonheur, elles ont pointé en grande majorité (71 %) vers la vie de famille et les enfants. Pour 43 % des femmes, avoir un enfant est une étape naturelle dans la vie. Un peu moins du tiers des sondées affirment que de mettre au monde un enfant est indispensable au bonheur.
Côté amour, la fidélité remporte un appui écrasant : 99 % des femmes considèrent que c'est assez ou très important dans un couple.
«Les femmes se disent aussi à l'aise de parler de sexualité avec leur partenaire, même les plus vieilles, ce qui prouve que beaucoup de progrès ont été faits», pense M. Harvey.
Du côté de la satisfaction sexuelle, les statistiques laissent voir que les femmes projettent une image épanouie et libre. Elles sont 88 % à se dire satisfaites de leur vie sexuelle, dont 43 % «assez satisfaites» et 45 % «très satisfaites». «Elles ne veulent plus donner l'image de frustrées. Elles veulent se montrer libres, car c'est une des premières luttes gagnées par le féminisme», analyse le président de Segma.
Publié par : Marcel Charland
à 06:31:39
Permalien
Comments :
Catégories :